Le travail, activité d’hommes asservis (par Krisis)

machorka249

Voici un extrait du « Manifeste contre le travail » écrit en 1999 par des membres de groupe-revue allemand Krisis (Robert Kurz, Ernst Lohoff et Norbert Trenkle). Ce petit passage, qui nous conte en peu de mots la triste histoire de notre asservissement à l’instrument privilégié de la domination de classe, le travail, nous rappelle surtout une chose : que nous sommes nous-même les meilleurs soutiens et propagandistes en faveur de ce qui crée les conditions de nos survies, et qui ne sont autres que les rapports sociaux spécifiques que nous faisons perdurer en faisant perdurer avec eux le travail, les classes, l’argent, l’État, le capital et la production fantasmée. Se lever tôt le matin pour aller tafer, c’est déjà se soumettre à l’ordre du temps, à la loi impersonnelle de la valeur, à la domination de ceux et celles qui ne contrôle plus vraiment le cours de choses mais qui en tirent de juteux profits en attendant (quoi… ? Le désastre ? Après nous la fin du monde….non ?).

Fermer la porte de son sweet home tous les matins derrière soi pour tailler au chagrin, c’est déjà se mutiler de sa condition d’humain, c’est renoncer jour après jour à ce qui fait de nous des êtres humains : de pouvoir fonder des relations entre nous qui donnent à chacun et chacune la possibilité de se construire en fonction de ses goûts et ses moyens, donc des rapports sociaux bâtis sur l’expérience du passé et des aspirations à l’émancipation. Le travail ne nous émancipe pas malgré ce que soutiennent certain/nes, il nous soumet à des règles qu’en aucune façon nous n’avons choisi, il nous isole dans le désespoir d’une défaite continuelle, maquillée de « réussite sociale » pour quelques benêts qui croient avoir trompeusement atteint le nirvana : celui d’une élite petite-bourgeoise, les « bobos » qui se carapacent dans leur mépris de ceux « d’en-bas » tout en stressant à l’idée peut-être un jour de tout perdre, loi de la jungle – capitaliste – oblige. Mais la dynamique révolutionnaire est (potentiellement) déjà présente dans la conscience de ce que nous sommes, de ce que nous faisons vivre par nos actes quotidiens, dans l’absurdité réitérée de la répétition à l’infini de ceux-ci ; elle est présente dans les théories et pratiques visant à expliquer pourquoi nous nous transformons peu à peu en robots, et qu’il serait grand temps d’en prendre conscience avant que cette société capitaliste que nous construisons et qui nous construit ne nous entraîne dans sa folie auto-destructrice. Elle ne pourra néanmoins pas en rester là. Un jour, il se pourrait bien que nous ne voulions plus d’aucun asservissement que ceux éventuellement que nous aurons choisi librement et consciemment.

 

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Le travail, activité d’hommes asservis

 

Que le travail et l’asservissement soient identique, voilà ce qui se laisse démontrer non seulement empiriquement, mais aussi conceptuellement. Il y a encore quelques siècles, les hommes étaient conscients du lien entre travail et contrainte sociale. Dans la plupart des langues européennes, le concept de « travail » ne se réfère à l’origine qu’à l’activité d’hommes asservis, dépendants : les serfs ou les esclaves. Dans les langues germaniques, le mot désigne la corvée d’un enfant devenu serf parce qu’il est orphelin. Laborare signifie en latin quelque chose comme « chanceler sous le poids d’un fardeau » et désigne plus communément la souffrance et le labeur harassant des esclaves. Dans les langues romanes, des mots tels que travail, trabajo, etc., viennent du latin tripalium, une sorte de joug utilisé pour torturer et punir les esclaves et autres hommes non libres. On trouve un echo de cette signification dans l’expression « joug du travail ».

Même par son étymologie, le « travail » n’est donc pas synonyme d’activité humaine autodéterminée, mais renvoie à une destinée sociale malheureuse. C’est l’activité de ceux qui ont perdu leur liberté. L’extension du travail à tous les membres de la société n’est par conséquent que la généralisation de la dépendance servile, de même que l’adoration moderne du travail ne représente que l’exaltation quasi religieuse de cette situation. travail.jpg

Ce lien a pu être refoulé avec succès et l’exigence sociale qu’il représente a pu être intériorisée, parce que la généralisation du travail est allée de pair avec son « objectivation » par le système de production marchande moderne : la plupart des hommes ne sont plus sous le knout d’un seigneur incarné dans un individu. La dépendance sociale est devenue une structure systémique abstraite – et justement, par là, totale. On la ressent partout, et c’est pour cette raison même qu’elle est à peine saisissable. Là où chacun est esclave, chacun est en même temps son propre maître – son propre négrier et son propre surveillant. Et chacun d’obéir à l’idole invisible du système, au « grand frère » de la valorisation du capital qui l’a envoyé sous le tripalium.

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